Intégrale de l'œuvre pour piano seul de Frédéric Chopin
Abdel Rahman El Bacha

  • idée originale Créa

 

 

 

 

 

Abdel Rahman el Bacha

   
  Une oeuvre unique, des lieux différents, voilà pour le concept de ce qu'on pourrait appeler : marathon pour Chopin. A quelques différences près et primordiales : le génie d'un compositeur, l'immense talent d'Abdel Rahman el Bacha, l'intelligence musicale du CREA.

Polonaises, mazurkas, rondos, variations, écossaises, valses, contredanses, marches funèbres, nocturnes, sonates, souvenir de Paganini, grande polonaise brillante, grande valse brillante, scherzo, études, ballades, allegro de concert, variations brillantes, boléros, presto con leggerezza, fantaisie-impromptu, études, tarentelles, préludes… L'œuvre de Frédéric Chopin est à l'égal de sa biographie : romantique et révolutionnaire.

Polonais, émigré à Paris dans les milieux artistiques et mondains du dix-neuvième siècle français. Compositeur au cœur des tourments révolutionnaires de 1830, puis de 1848. Musicien à la mélancolie frondeuse, proche de Victor Hugo, Berlioz et George Sand. Petit étudiant au conservatoire de Varsovie qui jouait ses premières œuvres devant le Tzar. Exilé de Vienne, désespéré par l'échec du soulèvement de son peuple. Résident de Majorque soudain saisi par la maladie. Tuberculeux du château de Nohant qui écrit sans répit, avant d'être terrassé par la maladie en octobre 1849.

Sur une idée originale du CREA, en seize concerts et six jours, du jeudi 14 mars au mardi 19 mars, c'est la traversée musicale de cette vie qui sera donnée à entendre à l'Espace 44 pour une première soirée et d'autres à suivre à la Maison d'arrêt, au Centre d'arts contemporains de la Rairie, chez des particuliers.
Impromptus, mazurkas… c'est le pianiste Abdel Rahman el Bacha qui sera le guide musical de cette intégrale de l'œuvre pour piano seul de Frédéric Chopin. Un artiste immense dont " la virtuosité et la sérénité du jeu vont au cœur même de l'émotion ".

 

CRITIQUES

 

OUEST FRANCE du jeudi 21 mars 2002

7000 auditeurs pour l'intégrale Frédéric Chopin


Une folle journée pianistique
Le récent enregistrement en douze CD des oeuvres pianistiques de Chopin était déjà une énorme performance pour Abdel Rahman El Bacha. Le pianiste a poussé plus loin l'aventure pour la Maison de la Culture de Loire-Atlantique. Près de 7000 auditeurs ont suivi les seize récitals.
Ayant testé longuement dans la solitude ses capacités d'enchaîner seize concerts en six lieux et sur quatre pianos différents, le pianiste a décidé de jouer l'intégrale sans partition.
Imagine-t-on la puissance de concentration que demande pareil exploit que nul n'a encore tenté ? Toutes les oeuvres posthumes y sont, et même les versions autographes inédites. Il n'y manque qu'une valse dont le manuscrit, conservé à Londres par un collectionneur jaloux, est toujours demeuré inaccessible.
Pour les nombreux auditeurs - plus de 7000 billets vendus - ce fut non seulement "une folle journée pianistique" mais la révélation, à travers sa musique, de l'homme Chopin dans toutes ses dimensions. Beaucoup de ses plus fervents adorateurs ne connaissaient pas les oeuvres de jeunesse, où l'on voit s'épanouir la maîtrise du compositeur, où l'on sent aussi battre le coeur du jeune Polonais qui, toute sa vie, restera attaché à son sol natal et s'inspirera de sa musique populaire aux origines lointaines.

Biographie en musique
L'ordre chronologique strictement observé par l'interprète permet de suivre tous les tournants de l'existence de Chopin, son départ de Pologne en 1830, son séjour à Vienne, ses liaisons sentimentales, sa marche vers Paris pendant laquelle il apprend avec effroi la chute de Varsovie, sa conquête de la société parisienne, ses rencontres avec Marie d'Agoult et George Sand, son angoisse devant le destin qui l'accable par la maladie... Pour que la musique parle plus clairement, tous les jalons sont donnés par les précieux commentaires qui accompagnent chaque programme. On y comprend tout : la solitude, la souffrance, l'inaltérable nostalgie de sa culture polonaise dans laquelle la Mazurka devient le miroir de l'âme où se reflète avec pudieur et sincérité la confession du musicien marqué par une phtisie sans remède. Ce Chopin face à son destin est tout entier dans le raccourci saisissant des Préludes composés à la Chartreuse de Valdemosa. Ici, comme partout, le piano est le confident des états d'âme et de l'imagination visionnaire. Avec Abdel Rahman El Bacha on est très loin des effusions larmoyantes ou des effets démonstratifs. Devant son clavier il est d'une retenue, d'une simplicité, d'une intériorité naturelle. Il se coule dans le génie de Chopin qui, au dire d'un contemporain "jouait avec un toucher délicat, évitait les accents intenses et criards... n'éblouissait jamais, ne paralysait pas par la puissance sonore." Le pianiste s'éfface devant cette musique qui, comme tout art, est le reflet de toute une vie.

El Bacha, musicien de l'extase
Une intégrale Chopin construite en seize récitals avec plus de 150 partitions jaillissant d'une mémoire qui prête à croire que rien ici n'est préparé, su par avance ou déjà écrit : le pianiste Abdel Rahman El Bacha, bien au-delà de cet exploit musical inouï, s'est exposé pendant 6 folles journées, pour des mélomanes devant qui il était tout à fait impossible de faire illusion par le biais de ses seuls doigts. Car El Bacha, si virtuose soit-il, est d'abord allé jusqu'au bout de lui-même, là où l'être intime se désaccorde, dépassant note après note son angoisee, puisant l'émotion à la naissance même de l'épreuve dans un abandon et une méditation souveraine, payant d'une livre de chair la découverte d'un monde sensible vertigineux avec un incroyable sens de la sculpture du phrasé musical. Métamorphosant sonates et mazurkas, valves et polonaires, terriblement belles à force de contrôle ou de recherche. Cette intégrale nous invite à la révision de l'écoute de Chopin par la force visionnaire, absolument insensée, dont le pianiste a fait preuve, refusant le pittoresque, l'effet de détail anecdotique, la redondance émotionnelle, la nostalgie bon chic ou la mélancolie bon genre. Privilégiant de ce fait la pulsion qui pousse la musique ou l'épouvantable profondeur d'un texte habité par la douleur ou par l'exil, s'acquittant du prix de ses visions par la hateur du sentiment, la plénitude du son, là où la beauté de la musique transfigure un intime prélude ou une intime étude. On quitte cette cérémonie exaltante avec le sentiment d'un immense plaisir partagé et la découverte d'une oeuvre recréee en nous-même par un interprète hors du commun.

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