Le cercle de craie caucasien
de Bertolt Brecht

  • Texte français Benno Besson et Geneviève Serreau
  • mise en scène Benno Besson

- scénographie et masques Ezio Toffolutti
- lumières André Diot
- musique Paul Dessau

avec
Claude Barichasse, François Berté, Delphine Bibet, Laurent Boulanger, Bruno Dani, Mathieu Delmonté, Akonio Dolo, Christian Hecq, Zoé Lebreton, Olivier Lorétan, Philippe Marteau, Patricia Pottier, Gilles Privat, Emmanuelle Ramu, Coline Serreau, Nicolas Serreau, Daniel Vouillamoz, Pieter Wilkinson


Coproduction
CADO, Centre national Orléans Loiret Région Centre, Théâtre Vidy Lausanne E.T.E., Théâtre de la Colline


 

   
  Attention chef-d'œuvre ! Il y avait bien longtemps que la critique n'avait pas salué avec une telle unanimité les retrouvailles de la fable brechtienne et l'intelligence d'une mise en scène.
Passeur et ambassadeur, Benno Besson joue ici avec les masques pour questionner l'identité, au fil d'un étonnant voyage, magnifiquement servi par Coline Serreau et Gilles Privat.

C'est durant son exil en Scandinavie, pendant la Seconde Guerre Mondiale, que Bertolt Brecht écrivit " Le Cercle de craie caucasien ". Et c'est au Berliner Ensemble en 1954 que fut créée cette pièce qu'il aurait aimé monter à Broadway quand son exil l'a conduit aux Etats-Unis.

Au centre du cercle qui donne son nom à la pièce, il y a un enfant abandonné par sa mère, femme de gouverneur, lors d'une insurrection, pris en charge par une servante qui l'élève et le protège. Ce jusqu'à la fin de la crise, quand la mère décide de récupérer son bien et qu'un juge, nouveau Salomon, dessine sur le sol un cercle de craie. A l'intérieur on place l'enfant. A chaque mère de trouver les arguments pour qu'il aille vers elle.

Loin du culte figé envers l'auteur qu'il a rencontré à Zurich en 1948, Benno Besson rend ici, à Bertolt Brecht, un hommage qui a une fraîcheur d'aquarelle. Il convoque des comédiens qui, sous leurs masques de poupées étranges, débordent de verve et d'invention et invitent à une manière de marelle où l'on questionne l'amour d'une mère pour son enfant, celui de la servante qui l'a élevé.
Ici c'est un garçon qu'on se dispute. Pour Brecht c'était les rapports politiques qui étaient en question dans ce simulacre, mais c'est la vie toute entière que mettent en jeu Gilles Privat, Coline Serreau, Christian Heccq, Mathieu Delmonté, Laurent Boulanger, et tous les comédiens d'une troupe qui font de cette pièce un nouveau cercle parfait.

 
CRITIQUES

L'Hebdo du mercredi 28 novembre 2001
Le coin de la critique
Un Bertolt Brecht époustouflant


C'est peut-être parce qu'il a été son assistant au début de sa carrière de metteur en scène, que Benno Besson porte avec autant de puissance et de talent le texte de Brecht sur les planches. "Le cercle de craie caucasien", joué à l'Espace 44 jusqu'au 12 décembre, offre deux heures et demie de grand spectacle. La pièce transporte les yeux et le coeur dans une histoire à couper le souffle : celle de la servante Groucha, interprétée par Coline Serreau. Elle vole un enfant au palais, le conduit dans les montagnes, avant de comparaître devant un tribunal où elle va subir l'épreuve du cercle de craie... Cette tragi-comédie à rebondissements se dote de trouvailles scéniques époustouflantes. Les 85 personnages se cachent derrière des masques : les collants transparents portés sur leur visage, leur donnent de la force. Ils vivent pour eux-mêmes dans cette grande fresque contemporaine. Décors ambulants, grosse distribution : la réussite de la pièce tient d'une vivacité hors pair. Un bon moment à passer en compagnie de Brecht.

Anne-Laure Bouyer.

Nantes Poche
Le cercle de craie caucasien à l'Espace 44


Ecrite dans les années quarante par l'Allemand Bertolt Brecht, Le Cercle de Craie Caucasien, est une pièce de théâtre empreinte de burlesque qui enthousiasme un public de tous âges. Il faut dire que la version proposée par le metteur en scène et ancien assistant de l'auteur, Benno Besson, est époustouflante. Elle a d'ailleurs été récompensée par trois Molière cette année. Cette pièce de divertissement a été conçue en deux parties. La première relate les péripéties de Groucha, une simple fille de cuisine, qui prise de pitié, récupère le bébé du gouverneur, abandonné par sa mère trop occupée à sauver ses vêtements lors d'une révolution de Palais, en Georgie. Groucha sauve l'enfant, Michel, de la mort en s'enfuyant avec lui sur le dos, malgré ses fiançailles avec Simon. Pourchassée par les gardes du nouveau gouverneur et bien démunie, elle doit faire face à la rudesse de la montagne et du climat et aux besoins du bébé. La seconde partie raconte, sur fond d'émeutes, l'histoire du drôle de juge toujours sans préjugés, Azdak, qui sera finalement désigné pour rendre la sentence dans l'affaire de l'enfant héritier, volé par Groucha et réclamé par sa mère biologique. Pour décider par laquelle de ces deux femmes Michel doit être élevé, Azdak les soumet à l'épreuve du cercle de craie. Dans un décor sobre de pans de toile grise et de quelques éléments mobiles, les dix huit comédiens aux 93 rôles évoluent toujours masqués et dans des costumes remarquables. Des choeurs parlés mais aussi chantés s'adressent au public pour faire le récit des événements. Le burlesque se trouve dans l'expression des masques, la diction ou la caractérisation de certains personnages. Quant à l'interprétation, elle est de très grande qualité.

Pile
Le cercle de craie à l'Espace 44

Brechtement bien

"Ennuyeux, Brecht ? Pas du tout. Cette pièce, la meilleure à mes yeux, est très ludique..." Fallait-il partager l'enthousiasme et la fougue de Benno Besson ? Eh bien, oui. Autant dire tout de suite, Le cercle de craie caucasien est une petite merveille de théâtre. De ces deux légendes venues d'Orient, Brecht tire une pièce légère, de celles qui vous réconcilient avec l'humanité. En gommant le prologue, en adaptant le texte (avec Geneviève Serreau), Benno Besson n'a pas sacrifié la pièce à l'air du temps. Il en a souligné le caractère universel. Pas d'esbrouffe, non plus, dans une mise en scène astucieuse où le jeu de masques et de costumes permet à plus de 80 personnages de s'exprimer. Ou dans un décor dont la sobriété et la couleur (grise) mettent en lumière le jeu des comédiens. Et quels comédiens ! Il faudrait les citer tous. Coline Serreau, bien sûr, est une formidable Groucha et Gilles Privat, un épatant Azdak. Tous visiblement partagent la folie de Brecht et de Benno Besson. Le cercle de craie caucasien n'a pas volé le Grand prix de la critique 2001. C'est du champagne. Alors santé!

Vincent Braud

 

 

 

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