Samuel BeckettFin de Partie
Samuel Beckett

  • mise en scène Laurent Maindon
- dramaturgie Marie-Pierre Dobroise
- scénographie Christophe Garnier
- lumières Jean-Marc Pinault
- costumes Anne-Emmanuelle Pradier
- réalisation du décor Ateliers de la MCLA

avec
Gilles Blaise, Yann Josso, Laurence Huby, Gilles Ronsin


Une coproduction Le Carré-Scène nationale de Château-Gontier et le Théâtre du Rictus
Coréalisation Maison de la Culture de Loire-Atlantique, Théâtre Universitaire et Onyx.
Avec l'aide au projet de la Ville de Saint-Herblain


   
  C'est la fin d'une fête ou d'une étrange histoire. Un instant d'éternité dans un paysage en voie de disparition. C'est un chef d'œuvre dans l'immobilité du monde. Un temps fort du théâtre contemporain exploré par un metteur en scène nantais.

Rares sont les auteurs, sinon les plus grands, qui ne se réduisent pas à une lecture, à une seule interprétation, à un commentaire univoque. Samuel Beckett est de ceux là. Troublant, inquiétant, existentiel, dérisoire, désespéré, mais aussi drôle, ironique, incongru, habité par une folie curieuse, son théâtre est un monde. C'est une petite planète où le sol se dérobe, où l'on attend quelqu'un qui ne vient jamais, où les mots ne disent rien sinon l'essentiel, où les interrogations sont prosaïques, mais toujours pertinentes, où les personnages ont des allures de clochards célestes, de vagabonds à la dérive dans un espace-temps improbable…

Cet univers qui est le nôtre, à savoir un monde sans raison d'être, c'est celui qu'on retrouve dans " En attendant Godot " bien sûr, mais aussi dans " Oh les beaux jours " et dans " Fin de partie ".
C'est cette pièce singulière que le metteur en scène et comédien nantais Laurent Maindon aborde dans toute son étrangeté, mais aussi dans sa richesse d'interprétations.

Pour cette " fin de partie " il convoque quatre personnages aux noms bizarres : Hamm, Clov, Nell, et Nagg. On ne sait ni leur âge, ni leur identité, ni leur nationalité. On croit savoir qu'ils ont aimé, vécu sans aucun doute. Ils sont là avec leurs infirmités diverses, mais ne se plaignent pas vraiment. Ils entretiennent des relations parfois conflictuelles autour de la nourriture. Ils sont démunis et sales…
Pour qui ? Pour quoi ? Au nom de quelle punition, de quel sort injuste ? Beckett ne le dit pas, il les laisse vivre. Et leur singulière et banale existence d'êtres humains est un moment de théâtre indicible, qui bien après le rideau tombé, continue à hanter ceux qui les ont croisés.

CRITIQUES

 

OUEST FRANCE du 7 mars 2002 Jusqu'à samedi

au Théâtre universitaire, Beckett Fin de partie, de Blaise à Pascal

L'un peut s'asseoir, l'autre pas. Le paralytique et le fistuleux, dans une cellule entre désert et mer, attendent la mort du premier et téléphonent au bon Dieu pour tuer le temps. Comme "le salaud, il n'existe pas", les occasions de distractions sont rares. Heureusement qu'il y a les deux vieux sans jambes, dans leurs poubelles depuis leur accident de tandem. L'amour ? Un bien grand mot, mais quand elle arrive à lui gratter le bas du dos, si ce n'est pas l'extase, ça rappelle sa jeunesse. "Fin de partie", c'est de 1954. Remettre cette vieille lune en route ? Oui mais sans l'absurde, cette version grand public de l'expérience mystique. Un texte sans style, une pièce sans intrigue, des personnages sans avenir, un univers sans espoir. Et pourtant, elle tourne, la pièce. Mue par de micro-événements, la force irradiante de dialogues nus, un processus corrosif de dénudement des illusions. Un homme seul dans sa chambre : l'homme dans sa vérité. Vérité insupportable qui ne tient debout que par un assemblage bancal de petites habitudes, de manies. Mettre en scène revient à illustrer ce bricolage entre le désert de solitude et la présence rassurante de cloisons et de jouets inertes (tel le chien de Hamm), qui secrète cette intimité ("sans Hamm, pas de homme !" A cela, Laurent Maindon parvient sans difficulté, le grand art consistant à intéresser quelques centaines de bipèdes à l'absence de bonheur. Le tandem Hamm/Clov fonctionne, avec un Gilles Blaise parfait dans ce rôle d'humain qui se joue sa comédie, gratte ses plaies masochistes. Ne rien croire c'est croire encore, et Blaise est très bon dans ce registre. Sans doute parce qu'il se croit comédien, et qu'il l'est de surcroît. "Fin de partie" se donne en effet comme du théâtre dans le théâtre, Ham et Clov jouant le vieux couple aux journées balisées des mêmes disputes routinières, des mêmes rages empourprées, d'une même complicité. En John Malkovitch de l'escarre, son chien à trois pattes sur les genoux, geignant et agonisant, Blaise, c'est du Pascal.

Daniel Morvan

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