Hélène VincentTableau d'une exécution
Howard Barker

  • mise en scène Hélène Vincent
  • texte français Jean-Michel Deprats

- assistant mise en scène Jean-Marc Popower
- décors et costumes Tim Northam
- lumières Fabrice Kebour
- son Papon Lofficial

avec
Thierry Bosc, Myriam Boyer, Daniel Briquet, Philippe Crubezy, Michel Durantin, Emmanuel Granger, Antony le Foll, Sylvie Raboutet, Vincent Winterhalter


Une co-production Maison de la Culture de Loire-Atlantique, Théâtre du Gymnase - Marseille, Théâtre des Célestins - Lyon.


 

   
 

Au nom de quel combat, de quelle vérité, de quelle conviction, une femme de la Renaissance met-elle en scène l'horreur sur une toile plutôt que de peindre la gloire ? Est-ce l'art qu'on exécute ?

Exécution : Bien sûr, dans cette pièce le mot est à prendre à double sens. D’abord parce qu’on exécute une tâche : une œuvre de commande, par exemple. Mais aussi qu’on exécute les prisonniers, tout comme ceux qui ne veulent pas s’exécuter quand on leur donne un ordre. Autour de ces différentes acceptions, le dramaturge anglais Howard Barker a construit une pièce étonnante.

Elle raconte l’histoire de Galactia, une femme peintre de la Renaissance, à qui la République de Venise commanda un tableau de la bataille de Lépante. Au lieu d’une œuvre à la gloire de la ville, elle réalisa une fresque toute de fracas et de chairs à vif, censée jeter à la face du public l’horreur de la guerre. Au nom de quel refus, de quelle sensibilité, de quel combat, de quel féminisme, de quelle idée de l’art et de la compromission ? Au prix de quel renoncement, de quelle douleur, de quelle incompréhension, de quelles ruptures ?
Ce sont ces questions complexes qui sont en jeu ici. Après avoir mis en scène “Le Système Ribadier” de Feydeau, “Une Maison de Poupée” d’Ibsen et “Voix Secrètes” de Joe Penhall, avec l’équipe du CRAC, Hélène Vincent revient dans le département avec une pièce coproduite par le Théâtre du Gymnase à Marseille, le Théâtre des Célestins à Lyon et la Maison de la Culture de Loire- Atlantique.

Avec cette pièce contemporaine d’une tension extrême, elle poursuit une carrière de metteur en scène faite de passion et d’exigence. «J'ai découvert ce texte lors d'une lecture publique en mai 1994. Je n'ai eu de cesse, depuis lors, de me battre pour trouver des complices avec qui partager mon enthousiasme. J'ai eu, immédiatement, la conviction qu'il y avait là, mot après mot, une merveille à offrir au public. Une histoire à lui raconter d'une force exceptionnelle, des enjeux d'une modernité aiguë incarnés par des personnages de chair et de sang, d'une complexité humaine, trop humaine.»

 

CRITIQUES

 

PILE

Tableau d'une exécution

Galactia est peintre et vit à Venise. Dans cette république de la Renaissance, l'art est au service du pouvoir. La commande d'un tableau de la bataille de Lepante provoque, chez l'artiste et autour d'elle surtout, un débat sur la liberté de la création artistique. Un débat rendu plus complexe encore par la personnalité de l'artiste : Galactia est une femme. Lorsqu'elle découvre Tableau d'une exécution, lors d'une lecture publique, Hélène Vincent est séduite. L'histoire, bien sûr, l'intéresse. Elle y trouve "des enjeux d'une modernité aiguë incarnés par des personnages de chair et de sang". Mais elle y voit aussi un théâtre qui offre aux comédiens un espace de jeu exceptionnel. Pour mettre en scène ce texte d'Howard Barker, un jeune quinqua d'outre-Manche, auteur d'une quarantaine de pièces, Hélène Vincent s'est entourée d'une solide équipe. Tim Northam signe un décor sobre et astucieux, et Fabrice Kebour, un travail subtil sur la lumière. Mais c'est de la performance de Myriam Boyer dont il faut d'abord parler. Elle "est" Galactia, cette femme blessée, contestée, rebelle et libre. Autour d'elle, Hélène Vincent a composé une bien belle distribution qui fait de ce Tableau d'une exécution, créé au Théâtre du Gymnase à Marseille, un superbe moment de théâtre. De belles soirées en perspective à l'Espace.

Vincent Braud

 

OUEST FRANCE du 23/01/02

Un "Tableau d'une exécution" en règle à l'Espace 44
Myriam Boyer époustouflante

La salle de l'Espace 44 n'était pas remplie samedi soir. C'est bien dommage. "Tableau d'une exécution" d'Howard Barker aurait mérité mieux. Myriam Boyer y tient le rôle de Galactia, une résistante qui valait le déplacement.
"Vous craignez d'être entraîné dans un univers régi par une autre vérité", lance-t-elle à l'amiral Suffici. Cette femme artiste peintre à qui le doge de Venise commande un tableau à la gloire de la guerre. Toute l'ambiguïté de l'art et du pouvoir !
Dans ses rapports avec son mécène, Galactia ne perdra pas son âme. Elle ne fera pas l'apologie de la bataille de Lépante. Elle s'exécutera, avec sa sensibilité. Au risque de déplaire au pouvoir. Quitte à risquer le cachot. Et même enfermée dans l'obscurité, elle continuera à y voir clair.
La comédienne campe à merveille le personnage. Une voix éraillée, le verbe haut, le geste court, nerveux. La grâce malgré tout.
Dans un décor relativement dépouillé (un échafaudage, quelques gamelles pour les pigments, des draps froissés...) la comédienne évolue avec bonheur, sur la scène de l'Espace 44. L'éclairage, tantôt discret, tantôt plus affirmé, met en valeur sa personnalité attachante. Sa détermination. A elle seule, elle représente un tableau de la Renaissance. Ca pourrait être un Vermeer.
La puissance qu'elle dégage sert la force des convictions de Galactia. Ses respirations viennent du plus profond de l'être. De la matrice. Sans doute la réflexion de la mère, génitrice sans le vouloir du soldat, face à l'horreur de la guerre.
Hélène Vincent, à l'origine de la mise en scène, a fait le bon choix pour cette production du Théâtre de Marseille. Myriam Boyer sert avec bonheur la pièce du dramaturge anglais.

Rosanne Nourry-Bouvier

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