TurcaretTurcaret
Alain-René Lesage

  • mise en scène Gérard Desarthe

- dramaturgie Jean Badin
- assistante à la mise en scène Eléonore Dubulluit
- décor Alain Merlaud
- assistant Laurent Carcedo
- lumières Laurent Castaingt
-
costumes Brigitte Faur-Perdigou
- maquillages coiffures Marie Ange Thorne
- musique Virgile Vaugelade

avec
Jean Badin / Gérard Desarthe / Gilles Gaston-Dreyfus / Eléonore Dubulluit
Audrey Fleurot / Eva Green / Catherine Herold / Jean-Pierre Malo
Jean-Paul Muel / Maryvonne Schiltz / Valentine Varela

Une co-production :
Maison de la Culture de Loire-Atlantique
Les Célestins/Théâtre de Lyon
Maison de la Culture de Bobigny/MC93
Théâtre du Nord/Théâtre national Lille Tourcoing, Région Pas de Calais.


 

   
  Comédien remarquable, metteur en scène exigeant et passionné, Gérard Desarthe met en scène Turcaret , une pièce étonnante, mais aussi un personnage ambigu dans un jeu de société aux règles implacables. Une création intrigante.

Certes, Lesage est un homme d'un autre siècle, puisque né en 1668 à Sarzeau dans le golfe du Morbihan. Mais le romancier du " Diable boiteux " pourrait bien être un auteur diablement moderne. En témoigne Turcaret, l'homme qui donne son nom à la pièce qu'il fit donner à la Comédie-Française en 1709. Il n'y eut alors que sept représentations de cette âpre critique des faiseurs d'affaires et les cabales furent nombreuses pour que le texte tombe aux oubliettes de l'Histoire. Mais Turcaret est encore là et la satire qui le met en scène est toujours aussi féroce.

Ancien laquais devenu riche, homme d'affaires, usurier, parvenu vulgaire et inculte, Turcaret aimerait être d'un monde qui le refuse. A Paris, loin de sa femme à qui il verse une pension pour qu'elle reste en province, il se dit célibataire. Il aime une baronne avide qui le méprise, accepte ses riches cadeaux et lui préfère un chevalier. On le moque, on le trompe… il finira ruiné, dépouillé, et le valet qui, hier le servait, finira par déclarer " Voilà le règne de monsieur Turcaret fini ; le mien va commencer ".

C'est ce personnage ambivalent, cette " tête de turc " idéale d'un peuple aux prises avec l'urgence de la survie quotidienne, ce parvenu que l'aristocratie regarde comme un chien, cet homme d'affaires vulgaire et suffisant, mais aussi cette machine désirante sincère… que l'acteur et metteur en scène, Gérard Desarthe replace au centre du miroir avec sa nouvelle création.
Quand Lesage créa " Turcaret " au XVIIIe siècle, le miroir était si confondant, et les reflets de la société si vifs qu'on brisa cette image dérangeante. Qui est Turcaret aujourd'hui, quel est son visage, dans quel monde vit-il ?

CRITIQUES

 

PRESSE OCEAN du vendredi 8 mars 2002

Turcaret de Lesage à la MCLA :

Un rire sonnant et trébuchant Créée en 1709 la plus fameuse des pièces de Lesage, Turcaret fait les belles soirées de la MCLA dans une mise en scène de Gérard Desarthe. Une comédie de moeurs propre à ruiner la confiance en l'homme. Et en la femme ! Acide... Créée en 1909, la comédie d'Alain René Lesage, Turcaret, a tellement bien passé les années, que c'est un véritable bonheur que d'assister aux tribulations d'un homme d'affaires qui, aujourd'hui, pourrait encore donner des leçons à beaucoup. Le champagne allume les coeurs et les appétis. Certes, il possède une conscience extrêmement élastique mais comment ne pas le trouver épatant, sympathique au plus haut point ? Il est en effet bon garçon, un peu niais pour ne pas dire naïf à l'excès, mais on est prêt à pardonner tellement de choses à cet homme amoureux. Il est aveugle tant la jeune veuve dont il est épris, est coquette et cupide mais s'il fait semblant de l'être, il le fait vraiment très bien. Quel chic type que cette fripouille... Le tableau de moeurs croqué sur le vif par Lesage, cruellement malicieux, n'a pas pris de rides. Quel joliment divertissement impitoyable ! Quel plaisir de voir les fripons tout mettre en oeuvre pour ruiner celui qui passe son temps à dépouiller les autres ! Il n'y a au bout du compte aucune morale sinon qu'il est bien plaisant de voler le voleur. Pourtant Turcaret donne le sentiment de ne pas être le pire... Gagner de l'argent avec celui des autres. Turcaret fait actuellement les belles soirées de la Maison de la Culture à l'Espace 44 dans une mise en scène de Gérard esarthe qui donne de la légèreté à l'action un mouvement constant, une espèce de délire. Le jeu social auquel on assiste a juste ce qu'il faut de folie enivrante pour étourdir le spectateur sans lui faire prendre dans l'instant au sérieux, les magouilles et leurs conséquences à venir. Les va-et-vient multiples, les innombrables entrées et sorties, entretiennent un véritable suspense. Le champagne allume les têtes, les coeurs, les appétits! On va de surprise en surprise dans un décor bleu aussi simple que labyrinthique sous des ombrages propres à abriter toutes ces activités dont les oisifs ont le secret car ce n'est pas facile de gagner de l'argent avec l'argent des autres... Le texte de Lesage constitue un véritable régal d'observation, d'insolence, d'humour. Il est porté par des comédiens magnifiques dont les talents conjugués font merveille. Il y a de l'esprit, de la grâce, de la rouerie, du charme. Et puisqu'il faut rendre à César ce qui lui appartient, autant dire tout net que Jean-Paul Muel est un Turcaret superbe se taillant la part du lion au milieu d'interprètes généreux, naturels et spirituels qui lui donnent la réplique : Eva Green, Valentine Varela, Gilles Gaston-Dreyfus, Maryvonne Schiltz, Catherine Hérold, Jean Badin, Audrey Fleurot, Jean-Pierre Malo, Eléonore Dubulluit et Gérard Desarthe lui-même, très pince-sans rire. Or, bien sûr, le rire est là ! Grinçant sonnant et trébuchant sur les épouvantables défauts des hommes et des femmes... Drôlement acide. Pour ne pas dire désespérant.

A.D.P

LES ECHOS Lundi 4 mars 2002

Théâtre

Foire d'empoigne
Turcaret de Lesage
Gérard Desarthe met en scène la comédie du financier jouisseur. Un spectacle plastiquement réussi mais au jeu trop caricatural. Maison de la culture de Loire-Atlantique, Nantes. Tél : 02 51 88 25 25. Jusqu'au 12 mars.

La pièce de Lesage, "Turcaret", est un signal d'alerte, comme le sera deux cents ans plus tard "La Cerisaie" : attention, l'argent change de mains ; attention, le pouvoir économique va passer des classes supérieures désinvoltes aux classes inférieures prêtes à profiter des erreurs des riches. Le XVIIIe siècle de Lesage, qui vient de commencer (la pièce a été créée en 1709) est déjà gangrenée par la corruption et le libertinage. Turcaret est un financier qui n'a que faire d'une épouse invisible (provisoirement) et entretient une jeune baronne, laquelle fait profiter son deuxième amant des largesses du premier. Dans le salon de la jolie aristocrate, les compétitions entre ambitieux, séducteurs et séductrices se multiplient mais ce ballet des visiteurs propulse des visiteurs gênants, dont la présence révèle les turpitudes des uns et des autres. Ballotté par ce manège d'individus en tout genre, le sémillant Turcaret va perdre gros et le valet de son rival s'en mettre plein les poches. Malgré la dureté du trait, l'oeuvre de Lesage est une comédie de ces années postmoliéresques où les rebondissements imprévus et peu vraisemblables ont pour mission de faire entrer un souffle de gaieté et de légèreté. L'auteur dénonce tout en charchant à distraire le plus possible son public. Au metteur en scène de choisir un équilibre entre la noirceur, qui est très noire, et le rose, qui se nourrit de gags et de mots d'auteur. Gérard Desarthe, dont on sais qu'il est un acteur étonnamment acéré et un metteur en scène attaché à dénuder les tensions secrètes quand il prend les responsabilités entières d'un spectacle, va tout de suite vers le noir. Ces personnages de profiteurs et d'aristocrates affamés de plaisirs portent dès la première minute, leur férocité et leurs ridicules sur le visage et dans leurs manières. Le jeu est presque expressionniste, aux frontières de la caricature. Ils sont deux fois sarcastiques, par le dialogue de Lesage, volontiers cruel, et par la mise en scène qui se moque d'eux avec des outrances de cabaret plus berlinois que parisien. On pense en effet, aux dessins sans pitié de Georg Grosz ou d'Otto Dix. Mais le jeu de massacre commence peut-être trop tôt. Cette humanité immédiatement transformée en foire d'empoigne, nous est tout de suite odieuse. Elle est vile, si grotesque dans son comportement social et son appétit sensuel qu'on se sent plus chez Thomas Bernhard, auteur qui matraque et re-matrque, que dans le monde malin et subtil de Lesage. En Turcaret, Jean-Paul Muel est tout de suite un pantin plaisant et excentrique, plus un bouffon qu'un homme fait de sentiments et de faiblesses. Gilles Gaston-Dreyfus, Audrey Fleurot et Maryvonne Schiltz ont des tempéramments singuliers mais soulignent à plaisir la nature des personnages qu'ils endossent. On ne comprend guère pourquoi la belle Valentine Varela joue le chevalier en travesti : elle est trop féminine pour que passe la moindre ambiguïté sexuelle. Quand à Desarthe, il s'est réservé un si petit rôle qu'il a à peine le temps de lui donner vie. Dans ce spectacle encore trop neuf, bien des nuances sont à trouver, sauf chez trois interprètes, Eva Green qui dan le rôle de la baronne, dessine bien les complexités d'un être en apparence futile, Jean-Pierre Malo, qui confère une puissance évidente au personnage du valet aux dents longues, et Catherine Hérold, intéressante passante. La meilleure scène de Desarthe se déploie dans un vaste et beau décor d'Alain Merlaud et Laurent Carcedo qui fait éclater les limites du salon bourgeois et se souvient, avec ses différents angles de vue, de l'insolence d'une autre oeuvre de Lesage, "Le Diable boiteux". On sent plus de liberté dans la scénographie que dans le jeu des interprètes.

Gilles COSTAZ

 

OUEST FRANCE Mercredi 6 mars 2002

"Turcaret" à la Maison de la Culture de Loire-Atlantique

L'art de cuisiner les andouilles

On a cru qu'ils voulaient nous vendre des diamants. L'affiche de "Turcaret" prêtait à confusion. La scène correspondante, moins. Une bagouze qui refuse de glisser, une bouche habile à décocher les saillies, lubrifie un majeur et la pierrerie choit.Un diam qui ne fera rien d'autre que d'alimenter la chaîne alimentaire de l'argent. Ce qui donne cette réplique (développez et commentez en trois heures) : "J'admire le train de la vie humaine. Nous plumons une coquette, la coquette mange un homme d'affaires, l'homme d'affaires en pille d'autres : cela fait un ricochet de fourberies le plus plaisant du monde." L'intrigue est d'autant plus simplissime que "Turcaret", on le révise chaque matin en ouvrant son journal. Dans le désordre, un rapace parvenu à l'usure et son exécuteur de basses oeuvres, une demi-mondaine, une cocotte un peu mûre placardisée en Normandie, une soeur revendeuse de rubans, des valets qui n'aspirent qu'à se hisser jusqu'à cette boue, tout un petit monde qui s'ébat dans la fange, derrière un paravent de titres et de dîners en ville. Bref, ça pue les affaires à plein nez. Et Gérard Desarthe vous met tout ça en costumes, en mimiques et jeux de balançoires. La distribution étincelle et, à part les vieux abonnés ronchons qui n'ont pas compris pourquoi le chevalier est joué par une Valentine (parce que Valentin est souffrant, pardi), c'est homogène comme de la pâte à crêpe (de Sarzeaux, ville natale de Lesage). La morale de l'histoire est que la place de ce "bourgeois gentilhomme" universellement haï, du peuple comme de la noblesse, ne manque pas de prétendants. Lesage fait culminer sa fresque délirante (et qui ne délire pas dans "Turcaret"? Marine, elle seule, mais elle est virée dès le début) dans des retrouvailles de farce. Rencontre au sommet entre Jean-Paul Muel (Turcaret) et Maryvonne Schiltz (l'épouse ostracisée) où émerge la roture refoulée, l'ascendance charcutaillère de Falaise, l'art de tourner la broche à Vire. Et d'accommoder les andouilles à la mode de son temps.

Daniel Morvan.

 

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NANTES POCHE du 21 au 28 mars 2002

TURCARET, à l'Espace 44 Pièce de théâtre en cinq actes, écrite par le Morbihannais Alain René Lesage (1668-1747)

TURCARET est une comédie de moeurs qui évoque un monde vicié par l'argent où les relations humaines ne sont qu'intéressées. Turcaret est un riche financier qui a quitté sa province pour monter à Paris assurer ses affaires, où il prétend être célibataire. Il a pour maîtresse une jeune Baronne, veuve, (elle-même éprise d'un chevalier), qu'il comble de bijoux, de vases de porcelaine et d'argent. Il lui a par ailleurs promis le mariage. Marine, suivante de la Baronne, reproche à cette dernière son infidélité et de vouloir la ruine de son fournisseur de cadeaux. Marine prend congé et rapporte à Turcaret le comportement et les plans de sa maîtresse. Habile, la coquette parvient à retourner la situation à son avantage. Confus, honeux mais naïf, le financier redouble de générosité à son encontre. Le Marquis, ami libertin du Chevalier, fait quelques révélations à la Baronne à propos de Turcaret, mais elle demeure indifférente. D'autres personnages défilent dans la demeure de la jeune veuve manoeuvrant pour l'enrichir davantage, démysthifier le personnage de Turcaret ou bien encore parader et tomber; Aucun personnage n'a de grâce morale. Hypocrisie, ridicule, délation, manipulation, relations bâties autour de l'argent et du profit que l'on peut tirer de l'autre, voilà un bien sombre tableau de cette fin du 18ème siècle. Le metteur en scène et comédien Gérard Desarthe a délibérément choisi le décalé. En effet, les comédiens évoluent dans un très joli décor coloré sur trois plans en demi-cercle, de styles très différents, salon de sofas des années 70 dans de beaux bleus, des arbres et un immeuble haussmanien. Les costumes, les perruques sont d'époque avec quelques clins d'oeil humoristiques pour donner du grossier aux protagonistes. Deux rôles masculins ont été par ailleurs attribués à des femmes. Une musique de jazz vient renchérir l'aspect décalé rappelant que le thème de cette comédie est aussi contemporain. La mise en scène pêche un peu dans les déplacements, l'épaisseur de certains comédiens, et de trop rares effets gestuels ou corporels, mais l'ensemble est de qualité.

Solen Le Cloarec.

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