ARCHIVES SAISON 2002-2003

 

  CREATION
 

Derrière chez moi
de Daniel Soulier

  • Mise en scène Daniel Soulier

Collaboration Gérald Chatelain
Décor et costumes Camilla Barnes

avec
Isabelle de Botton
Louis Alexandre Fabre
Daniel Soulier

Accordéon Frédéric Davério
Régie Pierre Vitez

 

   

Production Maison de la Culture de Loire-Atlantique, Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses,
Espace Jacques Prévert d'Aulnay-sous-Bois, Théâtre Rive Gauche de Saint-Etienne-du-Rouvray.

"Ce spectacle bénéficie de l'aide à la création d'oeuvres dramatiques
du Ministére de la Culture et de la communication (DMDTS)"

Avec le soutien de la SPEDIAM et de l'ADAMI"

"La SPEDIDAM (Société de Perception et de Distribution des Droits des Artistes interprétes
de la Musique et de la danse) est une socièté d'artistes interprètes qui gére les droits de
l'artiste interprète (Musicien, choriste ou danseur) en matière d'enregistrement, de diffusion
et de réutilisation des prestations enregistrées"

 

28 mars 2003 - VALLET
samedi 29 mars 2003 - ANCENIS
mardi 1er avril 2003 - GUEMENE-PENFAO
mercredi 2 et jeudi 3 avril 2003 - MACHECOUL
vendredi 4 avril 2003 - PORNIC
samedi 5 avril 2003 - CHATEAUBRIANT
mardi 8 avril 2003 - FAY-DE-BRETAGNE
mercredi 9 et jeudi 10 avril 2003 - PONTCHATEAU
vendredi 11 et samedi 12 avril 2003 - GUERANDE

LUNDI 7 AVRIL 2003 REPRESENTATION EXCEPTIONNELLE A L'ESPACE 44

 

 
 
 

 

De Limoges à Paris, une trajectoire, une histoire, une famille. Après avoir descendu " Les chutes du Zambèze ", Daniel Soulier reprend le fil de la mémoire pour une comédie en demi-teintes où il mêle les souvenirs et la vie rêvée. Une création en résidence au Champilambart à Vallet du 25 au 28 mars 2003. Une longue table de banquet, une nappe blanche maculée, bouteilles vides, cendriers pleins, verres renversés, chaises en bataille. Au centre de la table, les jeune mariés, lui endimanché, elle en robe blanche, assis, tête sur l'épaule. Un peu de tristesse, un geste de tendresse. A partir de cette image qui figure ses deux parents, le narrateur entre en scène et entame la saga familiale. Version théâtrale d'un roman autobiographique intitulé " Paris Austerlitz ", la pièce de Daniel Soulier est une évocation tendre et cruelle de ses origines. En jouant avec le rêve et les dialogues, le mensonge et les vérités, il reprend de le fil de la vie et remonte le cours du temps. Une enfance triste dans un milieu ouvrier timoré, dans une petite ville du centre de la France, la montée à Paris, la métamorphose de l'ouvrier en artiste. Trois décennies de la petite histoire d'une famille ordinaire, une existence faite d'enthousiasme et de frustrations, de vraie joie de vivre et de fausse amertume. Entre comédie et constat, l'auteur des " Chutes du Zambèze " créées au Théâtre National de Chaillot avec Annie Girardot , arpente le cercle de la famille et porte un regard souvent plein d'humour sur les siens, sur ses parents? retraités de l'usine et du parti communiste? qui se débattent avec un quotidien impitoyable, un passé sans gloire et un avenir calamiteux. Ce faisant, Daniel Soulier sort aussi du cadre de l'intime pour nous interroger sur la famille, le milieu ouvrier, l'éducation, l'héritage culturel, l'engagement politique, artistique, sans jamais donner de leçon, sinon de comédie.



L'HUMANITE 16 Juillet 2002 - CULTURES


AVIGNON. Côté off
" On est de son enfance comme on est d'un pays " : Daniel Soulier a mis cette citation de Saint-Exupéry au seuil du livre dont est tirée la matière de son spectacle Derrière chez moi. Et c'est bien d'une chronique familiale qu'il s'agit. Entremêlant la narration autobiographique, qu'il assume lui-même avec une franchise de ton qui exclut toute complaisance, et des scènes dialoguées qui mettent en jeu le père et la mère, Soulier évoque avec finesse l'existence ingrate d'une famille ouvrière des années cinquante. Selon une esthétique proche de celle d'un Wenzel ou d'un Hourdin, il use d'un réalisme dépouillé pour faire revivre un monde dont les cinquantenaires et plus, pourvu qu'ils aient connu le lot des petites gens, ont la mémoire émue. Dans le " microclimat " pluvieux de Limoges (il pleut aussi dans les crânes), un couple vit de misère quotidienne, entre reproches amères et tendresse rêche. La mère, ancrée dans une vision définitivement noire de l'existence, ne cesse de houspiller son mollasson de mari, métallo à la retraite qui, le nez éternellement planté dans l'Huma, ne rêve que de " faire le communisme "... Soulier n'élude rien de la cruauté banale de leurs rapports, de leurs frustrations, de leurs rêves inavoués. La tonalité sombre du tableau s'éclaire souvent des commentaires affectueusement ironiques du narrateur. Et il y a cette mise en scène dynamique et diablement intelligente de Gérald Chatelain et Camilla Barnes qui, de quelques tables, chiffons et assiettes, font un univers en perpétuelle métamorphose, figurant avec justesse le resserrement progressif du décor familier. Il y a enfin le jeu profondément humain, épatant de vérité et de simplicité d'Isabelle de Botton et Louis Alexandre Fabre, auxquels l'accordéon de Frédéric Daverio fait un contrepoint subtile. Voilà du théâtre de haute volée, qui touche le cour et la raison.

Jean-Pierre Siméon