ARCHIVES SAISON 2002-2003

 

  Création  
 

La Tempête
de William Shakespeare
traduction
Jean-Michel Déprats

Mise en scène Dominique Pitoiset

assistante à la mise en scène
Francesca Covataµ
adjoint à la mise en scène des poupées
Markus Joss
Costumes et réalisation des poupées
Kattrin Michel
Direction technique et lumières
Christophe Pitoiset
administrateur de production
Aymar Crosnier
Musique
Antonio Vivaldi
enregistrée par Europa Galante direction
Fabio Biondi

Avec

Prospero Roger Jendly
Caliban Luca Fagioli
Ariel Mireille Mossé
Miranda Laure Josnin
Stefano Francesco Migliaccio
Trinculo Beppe Lo Parco

manipulateurs
Alejandro Ramon Alonso
Patricia Christmann
Lutz Grosmann
Cyril Bourgois
Heidrun Warmuth
Kathrin Bosshard Camacho

 

 

Coproduction Maison de la Culture de Loire-Atlantique, T.N.P. Villeurbanne, Les Gémeaux/Scène nationale de Sceaux et la compagnie Actes Premiers.

Du lundi 10 au mercredi 26 mars 2003 - Espace 44

 

 

Shakespeare : un monde de bruit et de fureur échoué sur une île magique. Un séjour baroque au pays du désir et de l'illusion, avec la vengeance comme un ouragan. C'est la puissance d'un classique battu par les vents violents du désordre que Dominique Pitoiset aborde comme un nouveau rivage. On dit que Shakespeare s'est souvenu de différents récits de naufrages, notamment celui d'un navire faisant route vers la Virginie, pour écrire La tempête publiée en 1623. On raconte aussi qu'il s'est inspiré d'autres voyages mythiques, ainsi l'Enéide, et de légendes médiévales pour composer cette pièce étrange et imaginer l'île-miroir où se déroule ce singulier divertissement. Mais un mystère flotte toujours autour de La tempète où se mêlent l'espace et les souvenirs, les éléments naturels et le pouvoir de l'esprit, la magie et la métamorphose. C'est ainsi que depuis sa création, nombreux sont les metteurs en scène qui se sont approchés de ces rivages singuliers pour conter l'histoire de Prospero. Duc de Milan, exilé après avoir été chassé de ses Etats par son frère Antonio qui a usurpé le trône, il demeure sur une île mystérieuse en compagnie de sa fille Miranda, vouant son existence à l'étude, aux sciences, et acquiert un pouvoir de domination sur les êtres magiques qui peuplent l'île. Avec leur aide, il provoque le naufrage du vaisseau transportant ses anciens ennemis. Bientôt, ceux-ci abordent l'île de Prospero... Désorientés, ils seront en proie à d'étranges phénomènes : soumis à un étonnant sommeil, prisonniers d'un labyrinthe, habités par une musique obsédante, victimes d'hallucinations. Les voilà au cour d'une expérience vitale dont la clef pourrait être cette réplique " Nous sommes de l'étoffe/Dont sont faits nos rêves ". C'est dans cet univers vertigineux , dans " ce règlement de comptes passionné avec le monde véritable " que plonge Dominique Pitoiset . Le metteur en scène qui fut l'assistant de Jean-Pierre Vincent, de Manfred Karge et Matthias Langhoff retrouve l'auteur de Timon d'Athènes et plonge dans un monde de bruit et de fureur, lyrique et magique après avoir monté différents opéras majeurs ( Don Giovanni de Wolfgang Amadeus Mozart et Falstaff de Giuseppe Verdi à l'Opéra National de Paris.)

 
 

OUEST France 23 mars 2003

En création dans la mise en scène de Dominique Pitoiset
La Tempête : une grâce primesautière

Il est terrible le petit rire grêle d’Ariel, l’ange céleste, le bras armé du roi magicien Prospero. C’est le rire haute fréquence d’une comédienne lilliputienne, Mireille Mossé, qui bouleverse toutes les cartes, nous ramène Shakespeare à sa hauteur, un mètre vingt et des poussières de magie. Dominique Pitoiset, le metteur en scène, n’a pas peur de Shakespeare. Sa « Tempête », il la boucle en moins de deux heures, dans cette création de l’Espace 44. Pas pour en faire une pièce de chambre, même si tout se passe dans une seule pièce, qui est une chambre close. Shakespeare dit ça quelque part : « Je pourrais être enfermé dans une coquille de noix et me considérer comme le roi d’un espace infini. » Ce roi, c’est Prospero. Sa coquille, une île déserte. Son utopie ? Sortir de ce trou pourri en mariant sa fille Miranda (Laure Josnin). Ce roi (Roger Jendly), Pitoiset l’a fait aveugle. Lisant son grimoire en braille, il confie donc à Ariel le soin de faire tourner en bourrique ses ennemis, eux-mêmes naufragés, en leur vrillant les oreilles avec du Fabio Biondi (les malheureux). En présentant sa mise en scène, Pitoiset nous avait fait peur : des marionnettes actionnées par des Berlinois, une version trilingue (français, allemand, italien) avec sur titrage, du théâtre dans le théâtre avec ce roi metteur en scène. Une « Tempête » en kit, un Shakespeare pour la zone Euro, quoi. Mais tout cela fonctionne merveilleusement, ça grince, ça bondit, ça jubile, ça ironise. L’idée des comédiens de petite taille est lumineuse, elle fait de cette « Tempête » une sorte de Candide, à distance égale du Civilisé et du Primitif. Pitoiset insuffle à sa mise en scène une grâce primesautière : on a envie d’y retourner avec des enfants.


Daniel MORVAN