ARCHIVE SAISON 2004/2005

 

 

 


Du mercredi 9 au vendredi 11 février 2005 – 20h30 - Espace 44

Le Belvédère

De Ödön von Horváth
Texte français Bernard Kreiss et Henri Christophe

Mise en scène
Christophe Perton
Assistante à la mise en scène
Céline Schaeffer
Dramaturge
Pauline Sales
Scénographie et costumes
Marc Lainé
Lumières
Dominique Borrini
Création sonore
Philippe Gordiani
Régie générale
Gilbert Morel
Régie Lumière
Guillaume Delacotte

Avec
Max, serveur
  Olivier Werner
Karl, chauffeur  Dominique Parent
Müller, représentant en spiritueux Vincent Garanger
Strasser, directeur de l’hôtel  Nicolas Bouchaud
Emanuel, baron von Stetten  Roland Depauw
Ada, baronne von Stetten  Marief Guittier
Christine, sténodactylo  Raïssa Mariotti

Coproduction :
Comédie de Valence, centre dramatique national Drôme Ardèche ; Théâtre de la Ville, Paris.
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National.
De l’ENSATT.


DUREE DU SPECTACLE 2 h 10 sans entracte

 

 

Une étrange comédie

Christine, après avoir passé quinze jours de vacances dans cet hôtel miteux, a perdu son travail à l’automne et revient, en mars, pour épouser Strasser, le directeur sur le retour, ancien acteur de cinéma, et pour s’occuper de l’hôtel ; elle vient d’atteindre sa majorité, date fixée pour entrer en possession d’un héritage de dix mille marks – son « bon Dieu », qui la sauve du désespoir où le chômage et le bébé (dont Strasser est le père) l’on jetée. Avant de lui révéler l’existence de ce « bon Dieu », forte de son amour pour lui, elle tente de gagner Strasser à son idée : peine perdue ; elle devient la risée de toute la petite société incrustée au Belvédère, qui cherche à la faire passer pour une putain afin de dégager Strasser de ses responsabilités. Petite société qui constitue le harem mâle d’Ada, baronne von Stetten, sur le retour elle aussi, nymphomane ivrogne mais argentée : Strasser (l’allusion au chef nazi Otto Strasser n’est certes pas fortuite), Karl qui avouera un meurtre commis au Portugal, tous trois impliqués dans un trafic louche de voitures ; le frère d’Ada, Emanuel, qui a joué trop gros et va se tirer une balle dans la tête si Ada ne lui avance par 5 000 marks… et Müller, représentant en champagne, qui vient vainement réclamer son dû, en proférant des discours fascistes.

Chacun tentera d’emporter le morceau –les 10 000 marks, avec ou sans Christine – une fois le « bon Dieu » révélé, un ballet incessant devant les portes des chambres, jusqu’à l’aube : Christine décide de prendre le premier train pour repartir : le premier – et dernier – personnage féminin chez von Horváth qui réussisse à s’émanciper.

Selon Lajos von Horvath, Le Belvédère est une comédie à clefs ; certains des personnages ont réellement existé, et la pension Seeblick, assez malfamée à Murnau, lui a servi de modèle.

L’histoire est celle d’un naufrage

« Il y a longtemps que je désire mettre en scène Le Belvédère, non seulement parce que c’est une comédie merveilleuse et j’ai toujours adoré les comédies, dès mon adolescence, que ce soit les comédies de Lubitsch ou de Capra, ou encore les Marx Brothers qui me font hurler de rire, mais parce que c’est avant tout une pièce dense où transparaît en permanence une étrange inquiétude. J’ai ressenti la nécessité de la mettre en scène au vu des thèmes abordés, la peur, la soumission, l’envie, la haine, l’argent : comment l’argent par exemple mène le monde et les hommes à la baguette faisant basculer les rapports de force, jusqu’où chacun est prêt à s’humilier pour lui, ce que chacun peut s’offrir avec lui, l’argent comme moteur c’est évidemment encore d’actualité aujourd’hui. L’histoire du Belvédère est celle d’un naufrage, c’est un radeau de la méduse avec une morale un peu chrétienne : celui qui a vécu dans l’illusion de l’argent périra par cette même illusion.

C’est une pièce peu montée, la dernière mise en scène date de vingt ans je crois et c’est assez surprenant vu sa pertinence et sa virtuosité. C’est une œuvre construite comme une spirale, chaque acte, chaque scène démarre à la verticale dans un vertige de situations, dans un tourbillon de mots. La langue elle-même est vertigineuse et donne à l’ensemble une impression de folie furieuse, où les rouages et la mécanique de la comédie tournent à plein régime. »

Christophe Perton (extrait d’un entretien  réalisé par Pauline Sales, dramaturge)

Ödön von Horváth

Né en 1901, mort foudroyé lors d’un orage sur les Champs Élysées alors qu’il avait à peine trente-sept ans et qu’il venait de voir Blanche-Neige, Ödön von Horváth a vécu la guerre des Balkans, celle de 14-18, la montée du nazisme, l’Allemagne du chômage et de l’inflation.

En 1927, il a écrit Le Belvédère, puis en 1930 un premier roman, L’Éternel Petit Bourgeois. Et Légendes de la forêt viennoise, La Foi, l’amour et l’espérance, Casimir et Caroline… des portraits terriblement lucides, des tableaux singuliers et effrayants d’un pays et d’une société à la dérive.

À la différence de Brecht qui, après guerre, retrouva un public, sa disparition étrange et rapide le priva longtemps d’audience.

Mais les années passant, on redécouvre la force ironique et désespérée de ses textes, leur mordant.

Christophe Perton

Né en 1964, Christophe Perton fonde la Compagnie des Cigognes à Lyon sa ville natale. À vingt-trois ans, il réalise sa première mise en scène en 1988 : Play Strindberg de Dürrenmatt. Il s’intéresse aux auteurs de langue allemande : Harald Mueller : Roulette d’escroc, Lenz : L’Anglais entre autres. En 1993, il signe avec la ville de Privas une convention, monte Pasolini Porcherie, une vie violente qui tourne dans les villages d’Ardèche, puis Affabulazione, et aussi Les Soldats de Lenz, Faust de Lenau, Les Gens déraisonnablessont en voie de disparition de Handke en 1998, année où se termine sa résidence à Privas. En 1999, il crée La Chair empoisonnée de Kroetz aux Abbesses, en 2000 Quatorze Isbas rouges de Platonov au Théâtre national de la Colline, en 2001 Lear de Edward Bond au Théâtre de la Ville et à la Comédie de Valence, qu’il codirige avec Philippe Delaigue.

 
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