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Du lundi 1er octobre 2007 au jeudi 11 octobre 2007 - Le Grand T

Les Trois Soeurs

d'Anton Tchekhov Patrick Pineau

T comme Tchekhov pour retrouver la beauté trouble et l’émotion fulgurante des Trois Sœurs. Cette pièce maîtresse du répertoire contemporain dit après la mort d’un père l’envie de partir, de vivre libre enfin et l’espoir condamné. Ancien élève de Michel Bouquet et Jean-Pierre Vincent, acteur fétiche de Georges Lavaudant, Patrick Pineau, qui mit en scène Peer Gynt dans la cour d’honneur du Palais des Papes au Festival d’Avignon en 2004, exprime ici la pulsation d’un chef-d’oeuvre, son équilibre fragile entre sourires et larmes, sa douce et douloureuse « intranquillité ».

AVEC :

Nicolas Bonnefoy,
Suzanne Bonnefoy,
Hervé Briaux,
Patrick Catalifo,
Delphine Cogniard,
Laurence Cordier,
Alain Enjary
Nicolas Gerbaud
Aline Le Berre,
Sara Martins,
Joseph Menant,
Charlotte Merlin,
Fabien Orcier,
Richard Sammut,
Lounes Tazairt

Représentations à 20h30 sauf les mardis et le jeudi 4 à 20h, le jeudi 11 à 14h et le dimanche à 15h.
Relâche le samedi 6 octobre

 

Théâtre à Nantes

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Texte
Anton Tchekhov
Traduction
Françoise Morvan
André Markowicz
Mise en scène
Patrick Pineau
Décor
Sylvie Orcier
Construction
Ateliers du Grand T
Maquillage
Annick Dufraux
Son
Jean-Philippe François
Lumières
Daniel Lévy

Coproduction
MC93 Bobigny, Arts 276 - Festival Automne en Normandie, Le Grand T – scène conventionnée Loire-Atlantique, Compagnie Pipo – Patrick Pineau / Scène nationale d’Evreux-Louviers
Le texte de la pièce est paru aux éditions Actes-Sud Babel.

Autour de Les Trois Sœurs d’Anton Tchekhov

Rencontre avec Patrick Pineau et les comédiens mercredi 3 octobre - 18h – Passage Pommeraye Nantes entrée libre

INTERVIEW DE PATRICK PINEAU

Les trois sœurs
Comment vivre les uns et les autres ?

« Comment peut-on jouer aujourd’hui une pièce aussi vieille » ? s’interrogeait Koltès avant d’ajouter toujours à propos des Trois sœurs « Il n’y a pas d’autre morale que la beauté ». C’est pour cette beauté que Patirck Pineau met aujourd’hui la pièce en scène. Extraits d’une conversation avec le comédien Gilles Arbona.

Tu mets en scène « Les trois sœurs » de Tchekhov. Sans justifier sa modernité à tout prix en recherchant une résonance contemporaine, qu’est-ce qui t’as fait choisir cette pièce ?

On ne peut pas mettre en résonance, une pièce écrite en 1900 avec ce qui se passe aujourd’hui. Du moins pas d’un point de vue social et politique. Cela ne voudrait rien dire. Le fond commun, c’est la nature humaine. C’est elle qui fonde la relation aux autres et au monde. Dans « Les trois sœurs » comme dans tout autre pièce de Tchekhov je crois, la question est : comment vivre les uns et les autres, les uns avec les autres, le monde qui nous entoure ? Sera t-on meilleur dans un monde meilleur ? La révolution n’est pas loin. Tchekhov l’a senti. Pourtant chez lui le héros révolutionnaire n’existe pas. Il y a simplement l’expression d’un mal être.

Ce qui m’intéresse dans ce que tu dis, c’est le progrès historique (sociale et politique), est-il lié au bonheur ? Les trois sœurs rêvent-elles de lendemains qui chantent comme remède au mal être dont tu parles ?

Le progrès existe, mais le bonheur individuel et collectif, n’a rien à voir avec l’histoire. Il est aussi improbable depuis des siècles, et indépendant du système social. Chez Tchekhov, les personnages sont en quête existentielle, en permanence c’est tout.

Pourquoi vont-ils mal ?

Parce qu’il leur manque toujours quelque chose. Ils sont dans la vacuité. Ils se projettent dans le travail, mais ils sont peu à travailler. Ils rêvent leurs vies. Ils ont le temps de rire et de pleurer leur vie car ils ont le sentiment de la perdre. Je monte également cette pièce parce que Tchekhov donne la parole aux femmes. Elles sont d’une grande beauté, elles indiquent, contrairement aux hommes, où se trouve l’utopie, tirent les sentiments vers le haut. Et puis, depuis que j’ai mis en scène les trois petites pièces (La demande en mariage, Le tragédien, malgré lui, L’ours), j’ai compris comme Peter Stein, que je pourrais monter toutes les grandes pièces, plusieurs fois, à des époques différentes. Son œuvre est une grande chorale écrite pour une grande troupe d’acteurs mélomanes.

Et bien tiens, la transition est toute trouvée, parlons des acteurs. Je sais que tu travailles souvent avec des comédiens qui forment une troupe libre et élargie. Qu’est-ce que tu vas demander à tes acteurs, qu’est-ce que tu vas leur apporter, leur dire pour aborder « Les trois sœurs ».

Chez Tchekov, il n’y a pas de petits rôles. Tout est dense, c’est un grand musicien pour lequel il faut des grands interprètes. On devrait se couper du monde pour la monter jusqu’à l’ivresse. « J’écris des drames, mais je vais très bien » dit-il. C’est déjà une indication pour l’acteur. Je joue, mais je reste attentif. C’est ce que je vais lui demander. De rester disponible, léger, pour donner toute la mesure de ce texte magnifiquement traduit par André Markovitch et Françoise Morvan. La richesse du sens, la profondeur du sentiment impliquent pour l’acteur la dépense d’une grande énergie. Il faudra être éveillé, curieux, simple, violent, ridicule, déraisonnable, un peu fou en somme. Et cela, alternativement, ou tout en même temps. Quand Tchekhov fait dire « le ciel est bleu », il faut que l’acteur parle de son monde, et signifie l’état du monde.

Sylvie Orcier est ta scénographe. Qu’est-ce qu’elle amène dans votre travail ?

Elle m’emmène là où je n’irais pas tout seul, elle m’accompagne. Aller où je pense aller m’intéresse moins que d’aller où je n’avais pas pensé aller. La scénographie est aussi importante que l’interprétation. L’espace, le lieu, c’est fondamental. Moi je mets tout ensemble, j’ordonne le son, la musique, la lumière, l’interprétation. La scénographie, c’est le tableau, le rythme. Le théâtre a à voir avec la peinture. « Les trois sœurs » c’est quatre tableaux. Je ne sais pas encore lesquels. J’y pense mais c’est un secret. Ce n’est pas une coquetterie, mais je ne veux pas souffrir la comparaison. J’ai trop d’admiration pour les grands peintres.

Qu’est-ce que tu attends aujourd’hui du théâtre ? A t-il toujours un rôle à jouer dans la société. Existe t-il toujours un théâtre populaire, comme le désignait Vilar à qui l’on fait continuellement référence.

Pour moi, l’idée du théâtre populaire doit persister. Avant Avignon, Vilar était itinérant avec le théâtre de la roulotte. Rassembler le public autour de grands textes à découvrir ou à redécouvrir restera toujours essentiel. Classique ou contemporain, même nécessité. Molière et Beckett, Shakespeare et koltes sont faits du même sang. Celui des poètes. Tchekhov et Valetti nous aident à vivre. Brûlez les livres, les poètes, les penseurs, et c’est la dictature. Le théâtre c’est la liberté, l’égalité, la fraternité.

Saison 2007/2008