Rencontres et conférences
Lire le Théâtre par Aurélie Rusterholtz

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Arlequin sauvage

de Delisle de la Drévetière
Comédie-Italienne, 17 juin 1721

Présentation par Françoise Rubellin

Louis-François Delisle de la Drévetière (1682-1756), fils de nobles périgourdins, arrive à Paris pour continuer ses études, mais se tourne vite vers le théâtre, au grand dam de son père. Dans les années 1720, au moment où la Comédie-Italienne cherche des auteurs français parce que les vieux canevas ne suffisent plus à attirer le public, Delisle entreprend de proposer plusieurs pièces à Luigi Riccoboni, directeur de la troupe des Italiens. Sa première pièce, Arlequin sauvage, créée le 17 juin 1721, connaît un succès spectaculaire, tout comme celle qu’il écrit peu après, Timon le misanthrophe. Ces deux titres seront les plus joués jusqu’en 1750 à la Comédie-Italienne, devançant même les pièces de Marivaux. Arlequin sauvage attirera jusqu’à la moitié du siècle plus de 43 000 spectateurs, avec 171 représentations connues, et Timon près de 69 000 spectateurs. Marivaux occupe les 3e et 4e rangs avec Le Jeu de l’amour et du hasard (42 000) et La Surprise de l’amour (40 000). Ce large succès s’explique d’abord par le personnage d’Arlequin, écrit pour l’acteur Thomassin (l’Arlequin de la troupe italienne), qui le met parfaitement en valeur grâces à ses innombrables lazzi : il est présent dans seize des dix-huit scènes. Mais la thématique est aussi à la mode : Delisle imagine un étranger découvrant la civilisation française, comme le fait Montesquieu la même année dans Les Lettres persanes, et s’en donne à cœur joie pour critiquer l’hypocrisie des Européens jugeant les sauvages, bien avant que le thème ne soit exploité par Rousseau. Sur le plan dramaturgique, on doit enfin expliquer cette réussite par « l’articulation habile que Delisle effectua entre la critique sociale d’Arlequin et l’intrigue conventionnelle de l’amour jeune contre le pouvoir abusif des pères »

David Trott.

mardi 18 décembre 2007 à 20h à la librairie du Grand T

Une soirée proposée en partenariat avec l’Université de Nantes