La Culture & l’éducation en danger ?

Nous voudrions d’abord manifester notre inquiétude face aux réformes annoncées :

1) Le projet de réforme des collectivités territoriales retire aux départements et aux régions la possibilité d’intervenir librement dans le domaine de l’art et de la culture, qu’ils financent pourtant aujourd’hui autant que l’État.
Nous demandons le maintien de la compétence générale, ou a minima une vraie garantie de compétence culturelle pour les départements et les régions.

2) La Révision générale des politiques publiques agit dans le domaine culturel de manière brutale. Elle affaiblit le Ministère de la culture et vise, sous couvert de modernité et d’efficacité, à restreindre fortement les capacités artistiques de toutes les structures culturelles.
Nous demandons son arrêt dans le secteur de la Culture pour ne pas ajouter le chaos à la crise.
3) Le Ministère des finances veut retirer 30 millions d’euros au secteur de la création dès 2011 alors que dans le même temps un « Conseil de la création artistique », présidé par le Président de la République, prétend exercer les prérogatives de la Direction de la création artistique du Ministère de la culture. Toutes ces attaques et ces restrictions budgétaires ont pour conséquence une précarité grandissante pour un grand nombre de métiers du spectacle et de la culture.
Nous demandons une vraie politique publique en faveur de l’emploi artistique et la pérennisation du régime spécifique d’assurance chômage des artistes et techniciens du spectacle.

4) La réforme des lycées qui entrera en vigueur en septembre prochain appauvrit les enseignements artistiques en classe de seconde, ce qui aura inévitablement des conséquences en première et terminale.
Nous demandons que la réforme du lycée soit amendée et que soient préservés des enseignements artistiques ambitieux dès la classe de seconde, dans lesquels les artistes interviennent aux côtés des professeurs pour initier les élèves au processus de la création.

Mais nous voudrions aussi…(*)
« Remercier les professeurs, tous ceux qui, sans se laisser décourager par la dégradation continue de leurs conditions de travail et la défiguration de leur mission, viennent chez nous avec leurs élèves, après les avoir préparés au spectacle, avec tant d’amour, de compétence et de ténacité.
Nous voudrions remercier, parmi les fonctionnaires des ministères, des régions et des villes, ceux qui, serviteurs obstinés de la République, tentent de pallier la politique actuelle de désengagement impitoyable de l’Etat.
Nous voudrions remercier parmi les citoyens français, ceux qui viennent nous voir dans nos théâtres, et ceux qui ne viennent pas et ne viendront peut-être jamais, mais qui, sans bouclier d’aucune sorte, payent leurs impôts, assurant bien seuls la solidarité abandonnée par les responsables au pouvoir.
Nous voudrions remercier les spectateurs. Tous ceux qui arrivent dans nos théâtres, les uns après une journée de travail parfois sans horizon, sans relations humaines dignes de ce nom, les autres mettant de côté d’autres fatigues, par exemple, celle de l’âge ou celle du handicap. (…/…)
Nous voudrions remercier tous ceux qui partagent avec nous, la conviction que le théâtre est un lieu de beauté, de réflexion éthique et donc de bonheur. »

L’équipe du Grand T
6 mai 2010

(*) Ce texte est extrait de celui qui a été lu lors de la cérémonie des Molières par la troupe du Théâtre du Soleil